dazzidazziSon Luthier de Venise vient de connaître joli succès au Châtelet à Paris. Et d’autres pages de Dazzi nous sont promises ici.
Retrouvailles donc, avec ce compositeur italien formé à l’école du Piccolo Teatro de Strehler, qui voyagea de Milan à Rome, puis à Londres et Mexico, avant de s’établir à Paris en 1982, à Strasbourg en 2001 – Gualtiero Dazzi avait alors, dans la capitale alsacienne, trouvé territoires stimulants, à bien des égards. Un festival de musique contemporaine, des ensembles spécialisés dans ce champ musical, un Théâtre national dirigé par l’un de ses amis, quelques complicités particulières…
Car Dazzi avait passé déjà et repassé à Strasbourg : il y co-signa un jour, avec Christophe Greilsammer, la déambulation poético-musicale, à travers le Palais des fêtes, de Rester Vivant, qui associait de larges réseaux amateurs et professionnels. Il y fut compositeur en résidence au Conservatoire, et partagea avec Scarlatti l’affiche d’un intense programme du Parlement de musique à Musica 96. Où il avait un an plus tôt confié à Stéphane Braunschweig la mise en scène de son opéra La Rosa de Ariadna.
S’installant à Strasbourg, Dazzi rêvait d’y pouvoir contribuer à la création, à hauteur d’Europe, d’un véritable pôle régional de création contemporaine – la ville lui paraît mieux dotée en fortes structures d’accueil et diffusion, dit-il, qu’en structures de production professionnelle de haut niveau.
Le compositeur bientôt déchanta, sans renoncer. Et lorsque d’heureuses opportunités ne l’appellent pas ailleurs qu’ici – il vient de confier au Châtelet à Paris et au festival Octobre en Normandie la création, dans une mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti, de son conte musical Le Luthier de Venise, applaudi par publics et critiques -, il bâtit patiemment son oeuvre strasbourgeois.
Il a fondé dans la ville sa compagnie, Traces, en songeant à la philosophie romanesque d’Édouard Glissant, avant d’y créer aussi Short Connection, un collectif mobilisé – à l’enseigne d’abord, l’an passé, de la geste littéraire de Pessoa – par tous les mondes acoustiques et électroniques de la musique actuelle.
C’est grâce à une inespérée résidence à Niederbronn-les-Bains, et dans le cadre d’un partenariat avec Bâle et Karlsruhe – l’espace transfrontalier lui paraît indiquer la dimension naturelle de l’action artistique à Strasbourg -, que Dazzi signe cette année un spectacle musical qui associe vidéo et art plastique : Vagues sombres et La Danza Inmovil – deux partitions, mais un seul voyage au coeur poétique et sensible d’un monde sonore et visuel qui fait signe aussi, dit-il, à Giacinto Scelsi.
A.W.
Installation, du 12 novembre au 12 décembre à l’Espace Insight, 10, rue Thomann à Strasbourg. Concert le 13 novembre à 20 h 30 à la Maison des arts et des congrès de Niederbronn-les-Bains 03 88 80 37 66. Le 4 décembre à 20 h au MAMCS à Strasbourg 03 88 21 05 18. Le 11 décembre à 20 h 30, Gare du Nord à Bâle 0041 61 271 65 91.

Gualtiero Dazzi. Photo DNA – Muriel Bortoluzzi.