Vous représentez pour la société et pour moi cet espace d ouverture et de liberté qui permet à chacun d entre nous de reprendre souffle et de réfléchir… différemment. Liliane K.H., visiteuse
Ouvert en mai 2003, cet espace d’exposition au centre ville de Strasbourg a accueilli plus d’une soixantaine d’exposition, pour une fréquentation totale de plus de 50 000 visiteurs, amateurs, curieux ou collectionneurs. C’est peu, c’est beaucoup, peu importe en réalité, si ce n’est à mettre en rapport avec la désaffection pointée par les statistiques du Ministère de la Culture sur la fréquentation des lieux culturels.
L’Espace Insight était un lieu totalement privé, qui ne bénéficiait d’aucune subvention, et pour cause, il était l’espace d’exposition de l’entreprise Collectif Insight lorsque celui-ci était à Strasbourg, et non une galerie associative. Galerie ? Non plus. Toutes les expositions étaient scénographiées, et si les oeuvres des artistes étaient bel et bien en vente, il était assez rare qu’une commission soit prise sur les ventes, et c’était alors un pourcentage fixé par les artistes et proposé par eux. Nombreuses sont les expositions, où il n’y avait rien à vendre, juste à regarder, échanger, sur des oeuvres de grande qualité.
Mais alors, si ce lieu n’était ni subventionné, ni financé par une activité économique, comment fonctionnait-il ? A la passion, tout simplement. Est-ce que c’était un alibi de communication pour le Collectif Insight ? Pas le moins du monde non plus, même si indéniablement, il avait aussi cet impact, il n’était et n’avait jamais été pensé ainsi.
Non, tout simplement, il était, parce que le Collectif Insight voulait créer un lieu au service des artistes, par passion et avec sincérité, hors de toute considération économique, apportant là un mécénat de compétence pour la communication et la mise en oeuvre des expositions. Nous nous payions du plaisir de faire et d’agir… et les artistes que nous avons exposé ont bien compris cela.
Nous n’avions pas de cahier des charges, nous ne devions rien à personne, l’entrée était gratuite, nous ne percevions souvent rien sur les ventes, nous étions totalement libres, et malgré tout, cela a marché, sans rien sacrifier à la qualité des oeuvres exposées et avec un grand respect pour les artistes.
Programmation ? Non. Gestion de plannings ? Non plus. Chaque exposition était un rendez-vous entre les artistes, le public et le Collectif Insight, comme chacun d’entre nous gère ses rendez-vous. Il y a les gens que l’on rencontre parce qu’ils sont touchants, ceux qui sont convaincants, ceux que l’on aime tout simplement et ceux dont le travail doit être montré, que l’on aime ou pas, parce que le propos a toute sa place dans le paysage culturel si on veut que celui-ci reste diversifié. Pas de politique de j’aime-j’aime pas, la création mérite mieux comme jugement et les publics aussi.
Et parce que les lieux étaient rares à Strasbourg, un tout petit lieu comme le nôtre a eu toute sa place. Nous accueillions de nombreuses réunions associatives en dehors des horaires d’exposition, organisions des conférences, des tables-rondes, des projections vidéos, en partenariat avec des acteurs culturels et participions à toutes les grandes opérations culturelles strasbourgeoises comme Strasbourg-Méditerranée par exemple.
Et si dans notre imperfection, mais avec notre enthousiasme, nous suscitions des critiques (peu, en fait), tant mieux, que ceux qui savent fassent, nous les encouragions bien volontiers. Notre expérience et nos parcours nous rendaient légitimes et nous étions notre premier public. Et si dans notre imperfection, nous suscitions de la sympathie, tant mieux, si cela a pu encourager la multiplication des initiatives comme celles-ci. Peut-être que les politiques locaux ont été convaincus que la culture n’est pas seulement une gestion de subventions en saupoudrage plus ou moins stratégique et orienté, et qu’il n’est pas forcément nécessaire d’affecter des grands moyens en communication pour faire vivre une politique culturelle. Tout est plutôt une question d’approche et de respect du public. Ne pas le prendre pour un idiot, ne pas penser la culture à sa place. Lui présenter des choses de qualité, exigeantes, sans être hermétiques. Les financements publics doivent par ailleurs en premier lieu bénéficier aux créateurs, aux artistes, à la pédagogie associée, pas au fonctionnement de lieux et d’équipements créés sur des motifs purement politiques.
Merci à tous ceux qui de près ou de loin ont partagé notre passion, merci aux artistes que nous avons exposé, et merci au public qui nous a encouragé, par le bouche à oreille et sa fréquentation de notre espace.
En 2011, le Collectif Insight est parti s’installer à Amiens, parce que ma vie m’y entraînait et que j’étais le pilier de l’entreprise. L’Espace Insight s’est donc arrêté… J’ai voulu garder sur ce site internet le souvenir de ce qui a été, et rien ne dit que cela ne revivra pas un jour à Amiens…
Arnaud Weber.